de David Leoni
À peine dissimulé par la végétation de la forêt, à un peu plus de 1 200 mètres d’altitude, un hameau d’anciennes maisons abandonnées et en grande partie effondrées est en train de disparaître peu à peu. Mais heureusement, son charme, l’histoire qu’il recèle et l’attrait qu’il exerce font que ce hameau inhabité se retrouve au cœur d’un projet de restauration du patrimoine bâti, et bien plus encore. L’objectif est de lui redonner vie grâce à une série d’initiatives menées par une fondation. C’est la Fondation Monti Sciaga e Indemini qui pilote cette opération, à travers une stratégie de rénovation durable (y compris sur le plan économique) de cette réalité montagnarde et de l’ensemble du territoire d’Indemini. Elle s’est donnée pour mission de renouer le lien entre le passé et le présent, en valorisant un patrimoine rural alpin unique comme celui des Monti Sciaga, une zone d’ailleurs protégée selon l’Ordonnance fédérale sur l’aménagement du territoire (OPT). Les maisons ou rustici, écuries, petits enclos, ainsi que les prairies fauchées et les sentiers qui s’y trouvent, témoins d’une économie rurale de subsistance fondée sur l’entraide, ont été progressivement abandonnés à partir des années 1970. Le désintérêt, l’abandon de l’élevage et le temps qui passe ont fait le reste, réduisant de nombreuses constructions à des amas de pierres, de bois et de gravats et condamnant les montagnes à leur destin de marginalité.
Un plan par étapes, jetant les bases d’un développement agrotouristique
Redonner vie à ces ruines représente un défi de taille, dont la Fondation (qui compte parmi ses principaux acteurs Fausto Domenighetti, Frédéric Rossi, Sylvie Berti Rossi et Gianpietro Ferrari, ce dernier en tant que représentant de la commune de Gambarogno) est pleinement consciente. La première phase, celle de la restauration et de la reconstruction, marquera toutefois une étape importante, à partir de laquelle il faudra ensuite relever le défi suivant, à savoir faire revivre cet alpage en créant de nouvelles opportunités liées à la relance de l’activité agricole et à un tourisme respectueux de la culture locale et participatif. Le tout sans dénaturer l’image originale de ce territoire de montagne, ses particularités, l’équilibre du lieu. En appliquant, en somme, un modèle de renaissance qui allie protection de l’environnement, mémoire historique et développement économique. Tout comme cela se faisait dans le passé, et pendant des siècles, avec une économie fondée sur une organisation collective des ressources et une utilisation rationnelle du sol. Il s’agit donc d’une stratégie de développement sur au moins dix ans, qui repose sur la restauration de l’architecture et des paysages, en respectant les modes de vie ancestraux et les traditions locales, dans une optique de durabilité contemporaine.
Les sentiers et le toit de l’église, premiers objectifs
Créée en 2024, la Fondation – nous explique Fausto Domenighetti – s’est immédiatement mobilisée en créant son propre site internet (www.fondazionemontisciaga.org ), en dressant une liste de projets et en lançant une recherche de fonds. En ce qui concerne Sciaga, les demandes de permis de construire sont en cours de préparation pour le gîte alpin, qui servira de lieu d’accueil commun, et pour la nouvelle fromagerie, structures indispensables pour redonner vie à une activité agricole de montagne. À court terme, il existe toutefois des urgences liées au territoire d’Indemini. L’une des premières interventions concernera la remise en état des sentiers pédestres qui entourent le village d’Indemini, créant ainsi des promenades intéressantes, tant pour les résidents que pour les nombreux visiteurs qui viennent à Indemini, intervention prévue pour le printemps prochain. Encore plus urgente est la réparation du toit de l’église paroissiale, gravement endommagé par la rupture d’anciennes poutres, ce qui provoque des infiltrations d’eau à l’intérieur du bâtiment ; cette intervention est prévue pour le printemps prochain. L’Association Naturnetz Ticino (www.naturnetz.ch) viendra prêter main-forte aux promoteurs des différentes initiatives sur le terrain, en mettant à disposition des jeunes, des groupes scolaires et des civilistes pour des travaux de conservation de la nature et du patrimoine rural. Parallèlement, des recherches historiques sont en cours, basées sur la collecte de documents et le classement des archives communales et paroissiales, confiées à l’historien Flavio Zappa.
La vente symbolique des rustici à un franc
Au nom de ces objectifs, la Fondation mettra donc en place un programme spécifique de collecte de fonds destiné aux citoyens, aux institutions et aux entreprises désireux de soutenir l’initiative générale ou les projets individuels par des dons. Rappelons que la mise en valeur des Monti Sciaga figurait également dans le projet de fusion qui a donné naissance à la commune de Gambarogno. Cette dernière, après la fusion, a en effet hérité de l’ancienne commune d’Indemini la propriété des bâtiments de Sciaga. Faute de ressources économiques, les bonnes intentions de faire revivre Sciaga avaient toutefois été confiées à des organismes, associations ou particuliers intéressés. L’intention de la municipalité de céder neuf rustici en pierre de l’alpage pour la somme symbolique d’un franc chacun, à condition que l’acquéreur s’engage à les rénover, avait à un moment donné fait grand bruit tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières cantonales. Cette idée, avancée par la municipalité de Gambarogno en 2019, avait été approuvée par le Conseil législatif. De nombreux intéressés venus de toute l’Europe s’étaient manifestés. Malheureusement, les changements de législature, la création de la Fondation et la confirmation par les autorités cantonales et fédérales que les maisons en question pouvaient être rénovées (entre-temps, les permis de construire correspondants ont été délivrés) ont ralenti le processus.
La Fondation, convaincue que ce lieu mérite mieux qu’une simple vente de biens immobiliers (notamment par respect pour nos ancêtres qui nous ont légué ce patrimoine au prix de grands efforts), a ensuite convaincu la commune d’adhérer à sa vision et de se rallier à ses objectifs. Le syndic de Gambarogno, Gianluigi Della Santa, confirme quant à lui le soutien total de la commune à ce projet (et à d’autres similaires) qui concerne de près le territoire : « Le projet des Monti Sciaga et d’Indemini a une longue histoire. La municipalité a toujours jugé opportun de le soutenir tant au niveau des permis de construire que par le financement de tout ce qui a été réalisé jusqu’à présent, en garantissant aux promoteurs le soutien nécessaire. L’initiative en question s’inscrit pleinement dans le concept touristique de Gambarogno et revêt une importance historique et culturelle considérable. La voie choisie par la municipalité a été celle mise en œuvre par les promoteurs eux-mêmes, à savoir la création d’une Fondation. Il s’agit d’un projet de grande envergure qui nécessitera de l’argent et du temps. Nous leur avons encore accordé une aide financière pour mener à bien les demandes de construction, afin de pouvoir ensuite concevoir la structure centrale de ce hameau. Il sera ainsi possible de commencer la recherche de fonds. Nous croyons en des initiatives comme celle-ci, à l’instar de celle de la communauté de Vira avec le restaurant de Neggia et, par le passé, avec la cabane du Gambarogno. Nous soutenons ces efforts qui profitent pleinement au Gambarogno. »
Photo : Régénérer le site pour lui redonner vie en tenant compte de ses spécificités et de ses composantes


